L’aveu en preuve civile québécoise
- Leçon 8 sur 19
- Essentiel
- 19 min
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Par James R. GosnellMatériel pédagogique, et non un avis juridique.
Points clés
L’aveu reconnaît un fait susceptible de produire des conséquences juridiques contre son auteur ou la personne qu’il est autorisé à représenter. L’aveu judiciaire lie dans ses limites et exige une erreur de fait pour être révoqué, tandis que l’aveu extrajudiciaire doit être régulièrement prouvé et demeure soumis à l’appréciation du tribunal.
Aperçu
Un client écrit : « J'ai reçu la table vendredi », tout en contestant sa conformité aux caractéristiques convenues. Cette phrase peut établir un fait défavorable au client sans reconnaître que l'ébéniste a exécuté toutes ses obligations. Un doit être analysé selon son auteur, son contenu factuel, sa portée et son cadre procédural avant de déterminer la preuve qui reste nécessaire.
Le droit québécois distingue l' de l'. Le premier est fait dans l'instance où il est invoqué et lie son auteur aux conditions du Code. Le second est fait ailleurs et sa demeure soumise à l'appréciation du tribunal. Une déclaration faite dans un autre procès peut donc être extrajudiciaire dans le dossier présent.
La présente leçon concerne l'aveu civil régi par le Code civil du Québec. La règle criminelle des confessions appartient à un cadre différent. Toute déclaration défavorable d'un témoin ne constitue pas non plus un aveu d'une partie. Ces distinctions influencent la recevabilité, la nécessité de prouver la déclaration et les moyens de la contredire.
Objectifs d'apprentissage
- Identifier un aveu valable et distinguer la reconnaissance factuelle d'une opinion, d'une qualification juridique ou d'une communication protégée.
- Déterminer la personne liée, les moyens de prouver l'aveu et sa force judiciaire ou extrajudiciaire.
- Appliquer les règles de révocation, de preuve contraire et d' sans isoler des fragments avantageux.
Identifier le fait reconnu et la personne liée
L' vise la reconnaissance d'un fait susceptible de produire des conséquences juridiques contre son auteur. Trois éléments doivent être présents : la déclaration ou le comportement provient de la partie adverse ou d'une personne autorisée à la lier; il porte sur un fait; cette reconnaissance peut jouer contre cette personne. L'aveu doit aussi être clair et non équivoque dans son contexte.
L'analyse dépend des rapports entre les personnes. Un témoin peut raconter un événement défavorable à une partie sans avoir le pouvoir de la lier. Une lettre dans laquelle le demandeur relate ce que le défendeur aurait dit demeure le récit du demandeur; elle n'est pas automatiquement un aveu écrit provenant du défendeur. La conversation alléguée doit encore être établie par un moyen recevable.
Un aveu peut porter sur les composantes factuelles d'un , notamment ce qui a été convenu ou exécuté. Le tribunal demeure toutefois maître du droit. L'accord des parties sur le délai de prescription applicable, la couverture d'assurance d'un événement ou la catégorie juridique d'un contrat ne lie pas le juge comme un aveu de fait. La source cite PF Résolu Canada inc. c. Hydro-Québec, 2020 CSC 43, concernant la qualification contractuelle.
Comparer « nous avons convenu de livrer vendredi » et « il s'agit juridiquement d'un contrat de transport ». La première phrase décrit le contenu d'une entente; la seconde propose une qualification juridique. Une déclaration sur la compréhension ou l'application d'une clause peut aider à interpréter le contrat sans déterminer sa portée juridique. Reconnaître une date de séparation se distingue pareillement de l'affirmation selon laquelle un bien fait juridiquement partie du patrimoine familial.
Une réponse défavorable peut aussi être hésitante, erronée ou simplement argumentative. Une opinion sur la cause d'un accident ne doit pas devenir une reconnaissance précise du déroulement matériel que le témoin n'a pas réellement formulée. Il faut lire ensemble la question, la réponse et l'explication environnante. Une position subsidiaire, avancée seulement si l'argument principal échoue, conserve cette condition; elle n'est pas nécessairement une concession inconditionnelle du fait contesté.
Témoignage, ouï-dire et aveu
Le communique le récit d'une personne suivant les règles applicables aux témoins. L'aveu repose sur une reconnaissance attribuable à la partie contre laquelle il est invoqué. Une réponse orale peut constituer à la fois un témoignage et un aveu judiciaire si son contenu et son contexte satisfont aux exigences pertinentes. Un témoignage ordinaire ne devient pas obligatoire pour le tribunal simplement parce qu'il nuit à la cause de son auteur.
Un aveu extrajudiciaire parvient souvent au tribunal au moyen d'un écrit, d'un enregistrement ou d'un témoin. Le soulève une question distincte concernant la déclaration extrajudiciaire offerte pour établir la véracité de son contenu. Qualifier une déclaration d'aveu ne dispense pas des règles gouvernant le moyen utilisé pour la prouver. L'affirmation d'un tiers ne peut être transformée en aveu d'une partie afin d'éviter ces règles. La leçon sur les déclarations extrajudiciaires expose les voies distinctes permettant leur réception comme témoignage.
Reconnaissance expresse, comportement et silence
L'aveu exprès reconnaît un fait par des paroles ou un écrit. L'aveu implicite peut découler d'un comportement suffisamment clair. L' permet les deux, mais limite l'aveu résultant du seul silence aux cas prévus par la loi. L'absence de dénégation d'une accusation dans un échange ordinaire n'en prouve pas automatiquement la véracité.
L'article 102 du Code de procédure civile (CPC) prévoit expressément que le silence sur une allégation ne constitue pas la reconnaissance du fait. Cette règle se distingue de certaines dispositions procédurales particulières. L'article 225 CPC, dans le cadre de l'interrogatoire écrit préalable, prévoit que les faits sur lesquels portent les questions sans réponse sont tenus pour avérés à l'égard de la partie ou de la personne interrogée, sous réserve du pouvoir du tribunal de la relever de son défaut pour une raison valable. Il ne rend pas chaque question orale laissée sans réponse équivalente à un aveu décisif.
L'article 264 CPC encadre la mise en demeure de reconnaître l'origine d'un document ou l'intégrité de l'information qu'il porte. Elle doit être notifiée au moins 30 jours avant l'instruction. Si l'élément n'a pas déjà été communiqué, il faut joindre une représentation adéquate ou, à défaut, les indications permettant d'y accéder. La partie dispose de 10 jours pour notifier une admission ou une dénégation motivée sous serment. Son silence reconnaît l'origine et l'intégrité, sans reconnaître la véracité du contenu. L'article 262 CPC exige séparément une déclaration sous serment précisant les faits et les motifs qui rendent probable une contestation d'origine ou d'intégrité.
Ces distinctions ont un effet concret. Une partie peut reconnaître qu'un enregistrement est véritable tout en niant l'exactitude du récit d'un interlocuteur. Une formule procédurale selon laquelle les pièces « parlent d'elles-mêmes » peut aussi être interprétée comme reconnaissant leur validité ou leurs signatures selon le contexte. Il faut indiquer précisément ce qui est admis, nié ou inconnu plutôt qu'utiliser une formule sans examiner les documents.
Application : le message sans réponse
Scénario factuel
Les faits suivants sont hypothétiques. L'ébéniste écrit au client qu'un supplément de prix a été convenu. Le client ne répond pas.
Ce seul silence ne fournit aucun aveu automatique suivant l' L'ébéniste doit établir l'entente alléguée par un moyen de preuve permis.
Pendant l'instance, avant l'instruction, le client reçoit ensuite une mise en demeure régulièrement notifiée suivant l'art. 264 CPC concernant l'origine et l'intégrité d'un message déterminé. Il ne répond pas dans le délai prévu. Ce silence procédural produit l'effet désigné relativement au document. Il ne démontre ni la véracité de toutes les affirmations de l'ébéniste ni une modification contractuelle simplement parce que le message est authentique.
Force judiciaire et extrajudiciaire
Un aveu judiciaire est fait dans l'instance où il est invoqué. Selon l', l'aveu d'une partie ou d'un mandataire autorisé à cette fin fait preuve contre cette partie. Dans les limites de l'aveu, l'adversaire n'a pas à prouver de nouveau le fait reconnu. Reprendre la preuve uniquement pour établir ou contredire un fait valablement admis se distingue de la preuve des faits que l'aveu ne couvre pas.
Les actes de procédure, les déclarations sous serment, les témoignages produits devant le tribunal et les admissions consignées à une conférence préparatoire peuvent contenir des aveux judiciaires. L'appellation du document ne suffit pas : la déclaration doit satisfaire aux conditions de fond. Lorsque des admissions sont convenues à une conférence préparatoire, le procès-verbal doit en exprimer correctement la portée afin d'éviter une entente orale incertaine.
Un aveu extrajudiciaire est tout aveu fait en dehors de l'instance où il est invoqué. Sa force probante est laissée au tribunal suivant l' La distinction dépend de l'instance pertinente plutôt que de la présence physique d'un juge lorsque la personne s'est exprimée. Des déclarations dans une autre action, des déclarations fiscales ou des propos publics peuvent constituer des exemples s'ils répondent à la définition et sont régulièrement prouvés.
L'action en garantie et l'action principale peuvent être instruites ensemble tout en demeurant distinctes à cette fin. La source considère donc l'aveu judiciaire fait dans l'une comme extrajudiciaire lorsqu'il est invoqué dans l'autre. Il faut toujours identifier l'instance d'origine de la déclaration et celle où son effet est recherché.
Un plaidoyer de culpabilité dans une procédure criminelle, pénale ou administrative peut également constituer un aveu extrajudiciaire au civil. Il ne tranche pas définitivement chacun des éléments de la responsabilité civile. Lorsqu'il est apprécié comme aveu, les circonstances du plaidoyer, notamment l'explication voulant qu'il ait servi à éviter les inconvénients d'une contestation, peuvent influencer sa force probante. Une simple affirmation de commodité ne convaincra pas nécessairement le juge; l'aveu s'apprécie avec l'ensemble du dossier et la preuve contraire.
Cette appréciation se distingue de l'effet législatif d'une condamnation criminelle définitive. Selon l', dans une action en réparation du préjudice résultant d'une infraction criminelle, le dépôt d'une copie du jugement de culpabilité de son auteur, passé en , suffit à prouver la faute. Cette règle possède ses propres conditions; traiter le plaidoyer sous-jacent comme un simple aveu extrajudiciaire ne l'écarte pas. Elle ne détermine pas à elle seule les autres éléments ou le montant de la demande.
Prouver un aveu extrajudiciaire
Un aveu extrajudiciaire doit être correctement allégué afin que l'adversaire puisse y répondre. L'article 99 CPC exige que l'acte de procédure expose les faits qui le justifient et les éléments dont l'omission pourrait surprendre ou susciter un débat imprévu. Il n'est pas nécessaire de qualifier expressément chaque allégation d'aveu, mais une partie ne peut introduire une déclaration défavorable non alléguée comme si sa portée faisait déjà partie du litige.
L' exige que l'aveu soit prouvé par les moyens recevables pour établir le fait qui en est l'objet. Il faut donc déterminer ce que l'aveu allégué prouve, puis si l'écrit, le témoin ou l'enregistrement proposé peut légalement établir ce fait. Les privilèges, l'authenticité et les restrictions à la preuve testimoniale demeurent pertinents.
Écrits, paroles et enregistrements
Un écrit qui constate un fait peut servir d'aveu contre son auteur suivant l' La partie doit établir l'écrit selon les exigences applicables, dont sa provenance suivant l', et respecter la de l' et ses exceptions. Un nom dactylographié, un message transféré ou une impression ne règle pas chaque difficulté d'attribution et de fiabilité. Voir la leçon sur la meilleure preuve.
Un aveu oral exige normalement un témoignage, sauf s'il a été enregistré. L' ne permet pas de prouver par témoin un aveu concernant un acte juridique lorsque le témoignage serait interdit pour établir l'acte lui-même. Selon l', la restriction entre les parties s'applique lorsque la valeur du litige excède 1 500 $. La disposition comporte des exceptions liées au et à la preuve, contre une personne, d'un acte passé dans le cours des activités d'une entreprise.
Le commencement de preuve doit répondre à ses propres conditions. Faire signer par un témoin une déclaration sous serment répétant un aveu oral autrement irrecevable ne crée pas, par ce seul changement de support, une exception valable. La leçon sur la preuve d'un acte juridique explique le seuil et le sens de l'exception relative à l'entreprise. Les paroles qui constituent elles-mêmes l'événement contesté, comme des propos diffamatoires, appellent une autre analyse que celles offertes pour prouver la véracité de leur contenu. Une voie législative distincte de réception des déclarations extrajudiciaires peut aussi devoir être examinée.
Si l'aveu est enregistré, il faut traiter de l'authenticité de l'enregistrement et des règles technologiques applicables. L' gouverne la présentation d'un élément matériel, sous réserve de sa règle particulière concernant les documents technologiques. Un enregistrement authentique ne démontre pas que la déclaration était volontaire, complète dans son contexte ou exacte. Contester l'enregistrement et contester l'aveu allégué soulèvent des questions différentes.
Caractère volontaire et méthodes d'enquête
La source traite l'aveu civil comme présumé libre et volontaire, sauf preuve contraire. Les menaces, la crainte, la violence ou la fraude peuvent remettre ce caractère en question. Le regret des conséquences d'une déclaration se distingue de la preuve concernant la manière dont elle a été obtenue.
La discussion des entretiens polygraphiques concerne les aveux formulés à l'occasion du test. Elle n'établit pas que l'appareil détermine fidèlement la vérité. Le tribunal doit examiner les circonstances, notamment la liberté réelle de participer, et toute règle d'exclusion liée à la violation des droits fondamentaux. Le rejet d'une déclaration au criminel ne détermine pas automatiquement sa recevabilité dans une instance civile régie par d'autres règles. La leçon sur l'exclusion de la preuve obtenue illégalement développe cette analyse distincte.
Capacité et pouvoir de lier autrui
La de formuler un aveu et le pouvoir de lier une autre personne sont des exigences distinctes. Une personne mineure ou un majeur protégé ne perd pas toute possibilité de reconnaître des faits pertinents. La source distingue le témoignage judiciaire des déclarations extrajudiciaires sur des sujets pour lesquels la personne possède la capacité requise. Il faut examiner sa situation juridique et le sujet reconnu plutôt que présumer une incapacité universelle.
Un représentant légal peut faire des aveux dans les fonctions que lui confère le régime de protection applicable. Un mandataire peut lier la personne représentée dans les limites d'un mandat établi. Le conjoint, l'indivisaire ou une relation d'affaires ne possède pas ce mandat du seul fait de ce rapport. Sans autorité, la déclaration peut nécessiter une autre analyse de recevabilité; elle ne lie pas la partie comme un aveu autorisé.
Pour une personne morale, il faut examiner ses règles de fonctionnement et les autorisations réelles. Les administrateurs, dirigeants et autres personnes autorisées peuvent faire des aveux dans leurs pouvoirs. La déclaration d'un employé peut lier l'employeur si elle porte sur des faits relatifs à ses fonctions et est formulée pendant son emploi. Le lien d'emploi ne transforme pas chaque remarque personnelle en aveu de l'employeur.
L'avocat représente généralement son client pour les admissions procédurales de fait sans devoir obtenir un pouvoir spécial pour chacune. Un argument juridique demeure une proposition sur le droit. Une remarque ambiguë en plaidoirie ne doit pas devenir automatiquement une concession factuelle délibérée. La déclaration sous serment signée par le client demeure sa reconnaissance même si l'avocat en a préparé le texte.
Le paiement d'un assureur à un tiers ne constitue pas, à lui seul, un aveu de responsabilité de l'assuré. La source distingue les aveux faits par l'assuré, qui peuvent être opposables à l'assureur. Un rapport d'expert demeure pareillement une opinion experte; sa production ne transforme pas automatiquement chacune de ses propositions en aveu judiciaire de la partie qui le dépose. Selon l'art. 585 CPC, l'aveu du représentant d'une action collective lie les membres sauf si le tribunal le considère préjudiciable à ceux-ci.
Communications protégées et conduite après l'incident
Une offre de règlement ne reconnaît normalement pas la responsabilité. Le protège les communications admissibles à cette protection échangées pour résoudre un litige. La mention sans préjudice ne protège pas artificiellement un aveu factuel étranger à cette démarche, et son absence ne détermine pas à elle seule le sort de véritables négociations. Le but et le contexte doivent être examinés avant de chercher à alléguer ou produire la communication.
Il faut distinguer l'utilisation des négociations pour prouver la responsabilité de l'utilisation des communications nécessaires pour établir l'existence ou la portée d'un règlement. La conclusion d'une entente ne rend pas toutes les négociations librement utilisables. Un fait véritablement indépendant de l'offre peut exiger une analyse différente, mais isoler une phrase défavorable d'une négociation protégée ne suffit pas à lui retirer sa protection. La leçon sur les communications privilégiées précise ces frontières.
L' bénéficie d'une protection expresse suivant l' Une manifestation expresse ou implicite de sympathie ou de regret ne peut constituer un aveu ni être admise en preuve. Elle ne peut influencer la détermination de la faute ou de la responsabilité, interrompre la prescription, ni annuler ou diminuer une garantie d'assurance. La disposition dépasse les seuls cas de violence sexuelle ou conjugale. Il faut identifier précisément l'expression protégée sans transformer chaque document qui contient des paroles sympathiques en document globalement protégé.
Un rappel de produits peut parfois reconnaître une défectuosité lorsque le défaut invoqué est celui qui a motivé le rappel. Une réparation ou une amélioration après un accident ne reconnaît pas automatiquement le caractère fautif de la situation antérieure. L'analyse demeure centrée sur cette situation et sur la clarté du comportement comme reconnaissance. Autrement, une mesure préventive raisonnable serait confondue avec une preuve de responsabilité.
Révocation et preuve contraire
Un aveu judiciaire valable ne disparaît pas devant une meilleure stratégie de litige. L' exige la preuve d'une erreur de fait pour le révoquer. Cette erreur doit exister au moment de l'aveu. L'ignorance de ses conséquences juridiques relève du droit plutôt que de l'erreur factuelle requise. Un aveu sciemment faux ne peut ensuite devenir une erreur factuelle innocente.
La modification ou le retrait d'un acte de procédure suivant l'art. 206 CPC n'établit pas en soi les conditions de fond de la révocation. Sans preuve de l'erreur nécessaire, l'aveu antérieur demeure au dossier même si la procédure change. La source rappelle également qu'une erreur inexcusable peut empêcher la révocation. Il faut identifier le fait erroné, expliquer les circonstances et appuyer la demande d'une preuve.
Si l'avocat a dépassé son mandat, un suivant l'art. 191 CPC peut être nécessaire. La source exige d'établir l'absence d'autorisation, l'absence de ratification et le préjudice. Le délai peut appuyer une inférence de ratification, sous réserve de l'ensemble du dossier. L'avocat doit être avisé et pouvoir présenter ses observations. S'il reconnaît et explique l'erreur, une modification peut servir de véhicule procédural; elle ne dispense pas d'établir le fondement approprié du retrait de l'aveu.
Un aveu extrajudiciaire peut plutôt être contredit par tout moyen approprié puisque sa force probante relève du tribunal. Son auteur peut expliquer le contexte, produire une preuve contraire ou établir une contrainte ou une tromperie. Même une déclaration extrajudiciaire délibérément fausse peut être confrontée à une preuve contraire, bien que sa fausseté et son explication influencent la crédibilité. Cette possibilité de contester la valeur probante ne fait pas disparaître les restrictions de recevabilité.
Application : la mauvaise date de livraison
Scénario factuel
Les faits suivants sont hypothétiques. La défense du client admet une livraison vendredi après avoir confondu deux commandes. Le reçu de livraison et la correspondance démontrent que la table litigieuse est arrivée lundi.
La demande de correction doit identifier cette confusion factuelle et produire les documents qui l'appuient. Remplacer simplement vendredi par lundi laisse entière la question de la révocation.
Si la déclaration concernant vendredi figurait plutôt dans un message antérieur au procès, elle est extrajudiciaire. Le client peut produire les reçus et expliquer l'erreur; le juge détermine le récit convaincant. Si vendredi a été sciemment choisi pour obtenir un avantage procédural dans un aveu judiciaire, découvrir ensuite que lundi serait stratégiquement préférable ne fournit pas une erreur de fait.
Indivisibilité : lire l'aveu entier
Un aveu simple reconnaît un fait sans réserve. Un aveu qualifié ajoute une condition ou une modification favorable. Un aveu complexe combine des faits distincts, par exemple recevoir une somme et prétendre l'avoir remboursée. Selon l', l'indivisibilité impose normalement à la partie qui invoque l'aveu de le prendre tel qu'il a été formulé.
Le Code permet toutefois la division si l'aveu contient des faits étrangers à la contestation liée; si la partie contestée est invraisemblable ou contredite par des indices de mauvaise foi ou une preuve contraire; ou si les faits mentionnés manquent de connexité. Ces motifs doivent justifier la division. Ils ne permettent pas d'omettre une explication simplement parce qu'elle affaiblit l'argument de l'adversaire.
Considérer l'affirmation : « J'ai reçu 2 000 $, mais je les ai remboursés la semaine suivante. » La source relève un désaccord sur la connexité entre le prêt et le remboursement pour l'application de l'indivisibilité. Il ne faut présumer ni une division automatique ni l'acceptation automatique du remboursement. Il faut identifier la contestation liée, examiner le rapport entre les faits et déterminer si une preuve contraire ou une autre exception législative autorise la division. Une preuve indépendante du contrat initial peut aussi modifier le rôle de l'aveu dans le dossier.
La rédaction pratique doit consigner exactement la concession factuelle et ses conditions. Si les parties s'entendent seulement sur le montant du préjudice, préciser si la faute, la causalité et le droit à l'indemnisation demeurent contestés. Un aveu limité et précis élimine une preuve inutile tout en préservant les questions que le tribunal doit encore trancher.
Liste de vérification pratique
- Identifier l'auteur, son autorité, le fait reconnu et les conséquences juridiques défavorables.
- Lire les conditions et le contexte avant de retenir une reconnaissance claire.
- Déterminer si l'aveu provient de cette instance ou d'une autre situation.
- Vérifier les allégations, la recevabilité, l'authenticité et les moyens permis pour établir le fait visé.
- Distinguer l'origine et l'intégrité de la véracité dans les règles de reconnaissance procédurale.
- Examiner les privilèges et la protection législative des excuses avant la production.
- Appuyer la révocation judiciaire sur l'erreur factuelle ou la contestation appropriée de l'autorité.
- Prendre l'aveu entier sauf si un motif précis en permet la division.
Vérifiez vos acquis
Deux courts exercices avant de poursuivre : raisonnez à partir des exemples d’application de la leçon, puis rappelez-vous ses notions clés de mémoire.
Appliquer les règles
Chaque exemple présente d’abord les faits et garde son analyse fermée. Déterminez l’issue, puis ouvrez l’analyse pour comparer.
Rappel actif
1 / 15Formulez votre réponse avant de consulter la définition. L’autoévaluation prépare votre prochaine révision; elle ne mesure pas la maîtrise du sujet.
aveu
admission
Comment définiriez-vous cette notion? Quelles conditions ou limites faut-il retenir?
Glossaire
- acte juridiquejuridical act
- Une manifestation de volonté destinée à produire des effets juridiques, comme un contrat. Sa preuve obéit à des règles différentes de celles concernant un événement sans cette intention.
- aveuadmission
- Reconnaissance d’un fait susceptible de produire des conséquences juridiques contre son auteur ou une personne qu’il est autorisé à lier. Sa force dépend de son caractère judiciaire ou extrajudiciaire.
- aveu extrajudiciaireextrajudicial admission
- Aveu fait en dehors de l’instance où il est invoqué, notamment dans un autre procès. Il doit être prouvé par un moyen recevable et sa force probante relève du tribunal.
- aveu judiciairejudicial admission
- Aveu fait dans l’instance où il est invoqué par une partie ou un mandataire autorisé. Il fait preuve contre cette partie et ne se retire pas simplement parce que la stratégie change.
- capacitécapacity
- Aptitude juridique à formuler la reconnaissance concernée. Elle s’apprécie selon la situation de la personne et le sujet plutôt que par une conclusion automatique liée à l’âge ou à la protection.
- commencement de preuvecommencement of proof
- Élément répondant aux conditions légales qui rend vraisemblable le fait allégué et peut ouvrir une exception à une restriction testimoniale. Il ne prouve pas à lui seul tout le recours.
- désaveudisavowal
- Contestation procédurale des actes d’un avocat qui excèdent son mandat. Elle exige le recours et les motifs appropriés plutôt qu’une simple déclaration de désaccord.
- excuseapology
- Manifestation expresse ou implicite de sympathie ou de regret. Le Code empêche qu’elle constitue un aveu ou soit admise en preuve et neutralise certaines conséquences juridiques déterminées.
- force de chose jugéeres judicata
- Caractère définitif d’un jugement. Pour la règle relative au jugement de culpabilité, ce caractère doit être établi avant que la copie produise son effet législatif de preuve de la faute.
- force probanteprobative weight
- Valeur attribuée à une preuve recevable. Elle concerne ce que la preuve établit et sa capacité de convaincre.
- indivisibilitéindivisibility
- Exigence de prendre l’aveu entier, avec ses réserves, sauf motif légal de division. Une explication défavorable ne peut simplement être retranchée.
- ouï-direhearsay
- Déclaration faite en dehors de l’instance où elle est invoquée et offerte pour établir la véracité de son contenu. Sa réception dépend des règles applicables aux déclarations; son enregistrement ne fait pas disparaître cette question.
- privilège relatif au règlementsettlement privilege
- Protection des communications répondant aux conditions et faites pour régler un litige. Elle peut s’appliquer sans mention de réserve et demeure soumise aux exceptions reconnues.
- règle de la meilleure preuvebest evidence rule
- Règle exigeant généralement l’original ou une copie légalement équivalente pour prouver le contenu d’un document, sous réserve des exceptions applicables. Qualifier ce contenu d’aveu ne supprime pas la règle.
- témoignagetestimony
- Déclaration par laquelle un témoin rapporte des faits suivant les règles du témoignage. Seules les déclarations satisfaisant aux conditions distinctes de l’aveu lient une partie à ce titre.
Références et lectures complémentaires
- JurisClasseur Québec, collection « Droit civil », Preuve et prescription, .
- Code civil du Québec.
- Code de procédure civile, art. 99, 102, 191, 206, 225, 262, 264 et 585.
- PF Résolu Canada inc. c. Hydro-Québec, 2020 CSC 43.