Considérations préliminaires relatives aux moyens de défense
- Leçon 9 sur 24
- Fondements
- Systématique des défenses et apparence de réalité. Seuil de l'apparence de réalité, fardeaux de preuve et typologie des moyens de défense.
- 10 min
- Vérifié le
Par James R. GosnellMatériel pédagogique, et non un avis juridique.
Points clés
Une défense proposée doit avoir une assise probante et être appréciée selon son propre fardeau de preuve. Sa fonction juridique détermine si son succès nie un élément de l'infraction, justifie ou excuse la conduite, réduit l'infraction, produit un verdict spécial ou soutient une réparation procédurale.
Le scénario de la leçon
Une poussée défensive, une blessure à la tête et une expertise contestée
Aller à l’exemple d’application- S’appuie sur
- Les modules I et II ont couvert le dossier de la poursuite : éléments de l'infraction, participation et crimes inchoatifs.
- Cette leçon
- La cartographie des moyens de défense : négation d'éléments c. justifications c. excuses c. arrêts de procédure, seuil de vraisemblance et fardeaux de preuve.
- Mène à
- La leçon 10 distingue les erreurs pouvant nier la faute (dont l'erreur de fait et le prétexte de droit, lorsqu'ils s'appliquent) de l'erreur provoquée par une personne en autorité, une excuse pouvant entraîner un arrêt des procédures.
Une méthode de lecture en trois temps
- Commencez par l’exemple d’application. Voir d’abord les faits ancre les règles abstraites.
- Lisez ensuite la doctrine : les éléments légaux, la norme de faute et les arrêts de principe. Notez les critères appliqués par les tribunaux.
- Terminez par la liste de vérification pratique et les fiches de rappel en fin de leçon.
Aperçu
Avant d'appliquer une défense, il faut identifier sa fonction et le fardeau relatif à la question pertinente. Certains arguments contestent un élément que la poursuite doit établir. D'autres justifient ou excusent la conduite, réduisent l'infraction, produisent un verdict spécial ou soutiennent une réparation procédurale. Le mot défense ne détermine ni le fardeau de preuve ni l'issue.
Objectifs d'apprentissage
- Distinguer la négation d'un élément, la , l'excuse et la réparation procédurale.
- Séparer l' du fardeau ultime de persuasion.
- Identifier l'issue appropriée et les règles particulières de la défense proposée.
Identifier la fonction juridique
Éléments, justifications et excuses
L' conteste la participation. Une erreur de fait pertinente peut empêcher la preuve de l'élément moral. Un accident peut contester la conduite volontaire, la faute ou une conséquence requise, selon ce qui était accidentel. Ces arguments ne dispensent pas d'examiner les éléments exacts et la norme de faute applicable.
La légitime défense peut justifier une conduite autrement interdite lorsque ses conditions sont réunies. La nécessité et la contrainte concernent des choix contraints selon leurs règles particulières. La distinction entre justification et excuse aide à comprendre leur fondement, mais leurs conditions juridiques demeurent déterminantes. L' de la nécessité ou de la contrainte se distingue de l'involontarité physique de l'automatisme.
Des issues différentes
La légitime défense reconnue entraîne ordinairement l'. La provocation est une au meurtre pouvant le réduire à l'homicide involontaire coupable; elle n'excuse pas généralement les voies de fait et n'impose pas l'acquittement complet. La défense de troubles mentaux selon l'article 16 entraîne, lorsqu'elle est établie, le verdict spécial de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. La provocation policière soutient ordinairement un arrêt après la détermination de la culpabilité. L'erreur de droit provoquée par une personne en autorité comporte également ses conditions et sa réparation d'arrêt.
L'échec d'une défense ne prouve pas l'accusation. La poursuite doit encore établir l'infraction, et toute autre question valablement soutenue doit être tranchée selon ses règles.
Sources et portée
Règles légales et de common law
Il faut partir de l'infraction et de toute défense expresse. Le paragraphe 8(3) du Code criminel maintient les justifications, excuses et défenses de common law sauf modification législative ou incompatibilité avec la loi. Un principe général ne permet pas d'effacer une restriction légale applicable sans l'analyse juridique nécessaire.
Dans les instances pénales provinciales québécoises, l'article 60 du Code de procédure pénale rend disponibles les défenses et justifications criminelles pertinentes, avec les adaptations nécessaires et selon ses termes. Cela n'importe pas toutes les procédures et mesures de surveillance de la partie XX.1 du Code criminel. L'analyse de Patry dans JurisClasseur illustre cette distinction pour les troubles mentaux.
La catégorie réglementaire compte aussi. La responsabilité stricte permet la diligence raisonnable; la responsabilité absolue exclut cette défense sans supprimer automatiquement les contestations de l'actus reus ou toute défense générale. Il faut identifier la loi et l'argument précis.
Fardeaux de preuve
Règle ordinaire
La poursuite prouve ordinairement l'infraction hors de tout doute raisonnable. Pour la plupart des défenses, le dossier doit d'abord fournir une assise probante suffisante. Une fois la défense valablement soulevée, la poursuite doit la réfuter hors de tout doute raisonnable. Elle peut le faire en réfutant une condition nécessaire; elle n'a pas à réfuter séparément toutes les conditions.
La preuve peut provenir des témoins de la poursuite ou d'autres éléments admissibles. L'accusé n'a pas invariablement à témoigner ou à appeler un témoin. Lorsque la poursuite supporte le fardeau de réfuter une défense complète valablement soulevée, un doute raisonnable impose l'acquittement de l'accusation touchée. Cette règle ne remplace pas un fardeau exceptionnel de persuasion imposé à l'accusé, et la conséquence d'une défense partielle est différente.
Fardeaux exceptionnels de persuasion
Certaines questions exigent une preuve selon la prépondérance des probabilités. Selon les paragraphes 16(2) et (3), la partie invoquant les troubles mentaux exonératoires doit établir le trouble et son effet incapacitant requis. Stone impose un fardeau exceptionnel pour l'automatisme. La diligence raisonnable en responsabilité stricte et la provocation policière comportent également leurs propres fardeaux.
Il faut distinguer le prévu par ces règles du filtrage de la preuve. Fontaine précise l'analyse préliminaire de ; il ne transfère pas tout fardeau ultime à la poursuite. De même, l'échec d'une défense exceptionnelle n'établit pas automatiquement tous les éléments de l'infraction.
La comparaison suivante rattache fonction, preuve et issue. Les leçons liées fournissent les conditions complètes; le tableau ne les remplace pas.
| Argument | Fonction et question préliminaire | Fardeau ultime | Issue possible en cas de succès |
|---|---|---|---|
| Alibi | Conteste la participation; identifier la preuve pertinente au mode de participation allégué | La poursuite prouve la participation hors de tout doute raisonnable | Acquittement si un doute raisonnable subsiste |
| Légitime défense | Justifie la force; chaque condition exige une assise probante | La poursuite réfute une condition hors de tout doute raisonnable après présentation valable | Acquittement de l'accusation touchée |
| Provocation | Défense partielle au meurtre; chaque condition exige une assise probante | La poursuite réfute la défense valablement soulevée hors de tout doute raisonnable | Réduction du meurtre à l'homicide involontaire coupable |
| Article 16 | Troubles mentaux avec effet exonératoire au moment de l'acte; identifier l'incapacité soutenue | La partie invoquant la défense la prouve par prépondérance des probabilités | Verdict spécial de non-responsabilité, puis processus décisionnel propre à ce régime |
| Automatisme | Conteste le contrôle conscient; filtrer la preuve puis qualifier l'état allégué | L'accusé prouve l'involontarité par prépondérance des probabilités | Acquittement pour l'automatisme sans troubles mentaux; la voie de l'article 16 comporte un verdict spécial |
| Erreur provoquée | Excuse le recours admissible à un avis officiel erroné après établissement de l'infraction | L'accusé prouve les conditions par prépondérance des probabilités | Arrêt des procédures |
Les mentions de prépondérance concernent la persuasion finale. Elles n'autorisent pas le juge du filtrage à choisir le récit le plus crédible avant de soumettre une défense soutenue au juge des faits (; ; ; et 108–109).
Filtrage judiciaire
Vraisemblance
Le juge recherche une preuve susceptible de soutenir les éléments requis afin qu'un juge des faits raisonnable, correctement instruit, puisse retenir la défense. Il considère la preuve de manière favorable à la présentation d'une défense soutenue, sans décider de la crédibilité ni trancher les versions concurrentes.
Lorsque la défense repose sur une preuve circonstancielle, le juge peut apprécier si les inférences nécessaires sont raisonnablement possibles. La spéculation ne suffit pas. Le filtrage n'est donc pas une acceptation mécanique de toute affirmation, mais il ne doit pas devenir l'appréciation finale de la défense.
Pour l'automatisme, Fontaine explique l'importance d'une allégation d'involontarité appuyée par l'opinion logiquement probante d'un expert compétent. Une preuve corroborante n'est pas une condition supplémentaire universelle au stade du filtrage. Le juge des faits peut ensuite apprécier la preuve d'expert et les autres circonstances pertinentes.
Défenses alternatives et directives équitables
Plusieurs défenses peuvent ressortir du dossier, y compris des alternatives fondées sur différentes conclusions factuelles possibles. Chacune doit avoir son assise propre. Le juge doit soumettre une défense valablement soutenue même si l'avocat ne l'a pas correctement nommée, tout en respectant les règles protégeant le contrôle de l'accusé sur une défense de troubles mentaux et l'équité du procès.
Des possibilités factuelles incompatibles ne doivent pas être combinées en un récit inventé sans appui dans la preuve. Le fardeau, la norme objective ou l'issue d'une défense ne doit pas non plus être importé dans une autre.
Exemple d'application
Scénario factuel
Dans cette hypothèse, Léo est accusé de voies de fait à la suite d'une rencontre avec Pat. Il affirme avoir d'abord poussé Pat pour dégager son bras d'une prise serrée. Un témoin confirme la prise et le dégagement. Pat frappe ensuite Léo à la tête; un coup de poing ultérieur de Léo est aussi allégué. Léo ne se souvient de rien après la blessure à la tête. Un expert compétent ayant une expertise neurologique pertinente examine le dossier médical et donne une opinion selon laquelle Léo a perdu le contrôle conscient après la blessure documentée et ses mouvements ultérieurs sont survenus dans cet état. La poursuite présente une expertise contraire et un témoin décrivant le coup ultérieur comme intentionnel.
Séparer les actes allégués. Identifier les conditions de chaque défense soutenues par la preuve et déterminer si le juge doit résoudre le désaccord entre experts au stade du filtrage.
Pour la poussée initiale, la preuve de la prise soutient la croyance à l'emploi de la force, l'objectif déclaré de se dégager soutient le but défensif et une poussée limitée au dégagement soutient son caractère raisonnable. Ces faits peuvent rendre vraisemblable la légitime défense. La question ultime demeure celle de savoir si la poursuite réfute une condition hors de tout doute raisonnable.
Pour le coup ultérieur, la seule amnésie ne fournirait pas l'assise de l'automatisme. L'allégation d'involontarité est maintenant appuyée par une opinion d'expert rattachée à des faits médicaux en preuve. Si cette opinion est logiquement probante et ses faits d'appui raisonnablement acceptables, le juge ne peut exclure la défense uniquement parce que l'expert de la poursuite paraît plus convaincant. Il doit encore qualifier juridiquement l'automatisme; la persuasion finale appartient au juge des faits selon le fardeau applicable.
La légitime défense relative à la poussée initiale ne justifie pas automatiquement le coup ultérieur. Le tribunal ne peut non plus combiner le but défensif conscient d'un récit avec l'acte involontaire d'un autre pour inventer une explication sans appui du même geste. Il faut identifier à chaque étape l'acte et la version factuelle examinés (; ).
Variante
L'expert confirme seulement qu'une personne peut oublier des événements stressants et ne donne expressément aucune opinion soutenant des mouvements involontaires. Léo ne présente aucune autre preuve de perte de contrôle conscient. La conclusion antérieure sur la vraisemblance demeure-t-elle valable?
Cette opinion ne soutient pas l'élément manquant d'involontarité du seul fait qu'elle provient d'un expert. Selon le dossier modifié, l'amnésie demeure l'unique fondement de l'argument et l'automatisme ne possède donc pas l'assise requise. Cette conclusion n'établit pas la preuve de voies de fait de la poursuite et n'écarte pas la légitime défense séparément soutenue pour la poussée initiale. Il faut distinguer la preuve capable de soutenir la question juridique de la valeur qui lui sera ensuite accordée.
Liste de vérification pratique
- Identifier l'accusation, ses éléments, la norme de faute et la compétence.
- Préciser ce que l'argument nierait, justifierait, excuserait ou réparerait.
- Repérer une preuve soutenant chaque condition nécessaire.
- Séparer le filtrage de la preuve du fardeau ultime de persuasion.
- Appliquer l'issue correcte : acquittement, infraction moindre, verdict spécial ou réparation procédurale.
- Vérifier indépendamment chaque défense alternative et préserver le fardeau restant de la poursuite.
Vérifiez vos acquis
Deux courts exercices avant de poursuivre : raisonnez à partir des exemples d’application de la leçon, puis rappelez-vous ses notions clés de mémoire.
Appliquer les règles
Chaque exemple présente d’abord les faits et garde son analyse fermée. Déterminez l’issue, puis ouvrez l’analyse pour comparer.
Rappel actif
1 / 8Formulez votre réponse avant de consulter la définition. L’autoévaluation prépare votre prochaine révision; elle ne mesure pas la maîtrise du sujet.
Justification
Comment définiriez-vous cette notion? Quelles conditions ou limites faut-il retenir?
Glossaire
- AcquittementAcquittal
- Verdict de non-culpabilité requis lorsque la poursuite ne prouve pas l'infraction ou ne réfute pas une défense complète valablement soulevée dont elle supporte le fardeau de persuasion. Les autres défenses comportent leurs propres fardeaux et issues.
- AlibiAlibi
- Argument contestant la participation de l’accusé à l’infraction.
- Assise probanteEvidential foundation
- Preuve suffisante pour mettre en jeu la défense particulière.
- Défense partiellePartial defence
- Défense pouvant réduire l’infraction plutôt qu’imposer un acquittement complet, comme la provocation peut réduire le meurtre à un homicide involontaire coupable.
- Fardeau de persuasionPersuasive burden
- Obligation d'établir une question selon sa norme de preuve applicable.
- Involontarité moraleMoral involuntariness
- Choix contraint visé par la nécessité ou la contrainte, distinct de l’involontarité physique en matière d’automatisme.
- JustificationJustification
- Règle reconnaissant comme justifiée une conduite autrement interdite lorsque ses conditions sont réunies.
- VraisemblanceAir of reality
- Seuil de filtrage visant une preuve susceptible de soutenir chaque élément requis d’une défense devant un juge des faits raisonnable et correctement instruit.
Références et lectures complémentaires
- Commentaire principal : JurisClasseur Québec — Droit pénal général, et 31–44 (common law et fardeaux); , nos 28–36 (article 16); , nos 12–21 (automatisme et filtrage); et fascicules 14–19 propres aux différentes défenses.
- Le fascicule 10 est absent des deux parties fournies. Cette synthèse introductive est appuyée par les chapitres disponibles identifiés plutôt que présentée comme une vérification du .
- Code criminel, par. 8(3), art. 16 et 232; Code de procédure pénale, art. 60; R. c. Cinous, 2002 CSC 29; R. c. Fontaine, 2004 CSC 27; R. c. Stone, [1999] 2 R.C.S. 290; Autorité des marchés financiers c. Patry, 2015 QCCA 1933.