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La mens rea objective : l'élément mental de l'infraction

  • Leçon 5 sur 24
  • Essentiel
  • Faute objective et écart marqué. Négligence criminelle, norme de la personne raisonnable et écart marqué et important.
  • 11 min
  • Vérifié le

Par James R. GosnellMatériel pédagogique, et non un avis juridique.

Points clés

La faute objective exige le degré d'écart par rapport à la diligence raisonnable propre à l'infraction, apprécié selon les circonstances pertinentes. Le seul préjudice ou manquement réglementaire ne prouve pas la négligence criminelle.

Aperçu

La apprécie la conduite selon la diligence attendue d'une personne raisonnable dans les circonstances. Elle se distingue de la preuve de ce que l'accusé a réellement voulu ou prévu. Le degré requis dépend de l'infraction : négligence ordinaire, écart marqué et écart marqué et important ne sont pas des normes interchangeables.

Objectifs d'apprentissage

  • Distinguer diligence réglementaire, et .
  • Appliquer la personne raisonnable selon l'activité et les circonstances pertinentes.
  • Séparer la preuve de la conduite dangereuse, de la faute et de la causalité.

Degrés de faute

Diligence civile et réglementaire

La faute civile et la diligence réglementaire concernent généralement la sans exiger le seuil criminel d'écart marqué. Leurs objectifs, éléments et règles de preuve demeurent différents. En , la poursuite prouve l' requis hors de tout doute raisonnable, et l'accusé peut établir la diligence raisonnable ou l'erreur de fait raisonnable applicable selon la prépondérance des probabilités.

Toute infraction réglementaire ne relève pas de la responsabilité stricte sans interprétation. L'échec de la diligence raisonnable n'élimine pas non plus toute autre défense ou l'obligation de prouver l'actus reus.

Négligence pénale et criminelle

Pour les infractions de négligence pénale comme la conduite dangereuse, la poursuite doit établir un écart marqué par rapport à la personne raisonnable dans les circonstances. Il faut davantage qu'une simple erreur ou une négligence civile ordinaire. L'accusé n'a pas un fardeau général de prouver sa diligence.

La négligence criminelle selon l'article 219 exige une insouciance déréglée ou téméraire à l'égard de la vie ou de la sécurité et un écart marqué et important. Les articles 220 et 221 concernent respectivement la mort et les lésions corporelles causées. L'article 219 définit la négligence criminelle; il ne crée pas une infraction autonome de négligence. Il faut aussi distinguer ces règles de l'imputation à l'organisation selon l'article 22.1.

Analyse de la personne raisonnable

Circonstances et capacité

La norme est objective et généralement uniforme, sans être abaissée à la négligence personnelle, à l'inexpérience ou au tempérament. Creighton reconnaît néanmoins la pertinence de l'incapacité d'apprécier le risque. La preuve doit soulever réellement la question; une limitation personnelle n'est pas une défense automatique. Si l'accusé entreprend sciemment une activité malgré son incapacité de l'accomplir sans danger, il faut apprécier ce choix et ses circonstances dans l'analyse de la faute alléguée.

L'activité compte. R. c. Javanmardi, 2019 CSC 54, explique que la norme peut refléter les compétences associées à une activité spécialisée. La formation et l'expérience pertinentes peuvent éclairer son respect par l'accusé. Cela n'abaisse pas la norme pour excuser des lacunes individuelles et ne rend pas le statut professionnel déterminant à lui seul.

L'explication de la perception réelle de l'accusé peut soulever un doute raisonnable dans l'analyse objective. Inversement, la reconnaissance consciente d'un danger suivie de son mépris peut fortement soutenir la faute. Dans les deux cas, le tribunal applique la norme juridique à toute la preuve; l'intention d'accomplir un acte ne prouve pas seule sa négligence criminelle.

Démarche de Roy

Pour la conduite dangereuse, R. c. Roy, 2012 CSC 26, demande si une personne raisonnable aurait prévu le risque et pris des mesures pour l'éviter, puis si le manquement de l'accusé constituait un écart marqué. La poursuite doit également prouver les autres éléments de l'accusation précise.

L'actus reus est la conduite dangereuse appréciée selon toutes les circonstances. La exige l'écart marqué. L'approche majoritaire de Beatty distingue ces analyses. Un résultat tragique ne remplace ni l'une ni l'autre, et l'échec de la preuve de faute criminelle n'établit pas automatiquement une responsabilité civile ou réglementaire différente.

Exemple d'application

Scénario factuel

Comparez deux dossiers hypothétiques. Dans A, un conducteur franchit la ligne médiane pendant une inattention momentanée inexpliquée et provoque une collision mortelle. La route est sèche et visible; la conduite précédente ne présente rien de répréhensible. La preuve n'établit ni vitesse excessive, ni capacités affaiblies, ni avertissement d'incapacité, ni décision de se livrer à une activité distrayante. Dans B, le franchissement final est aussi bref, mais suit une vitesse excessive, deux feux ignorés et la poursuite d'un autre véhicule à une distance dangereuse. La preuve de collision établit que le franchissement a causé le décès dans les deux dossiers. La faute requise est-elle également démontrée?

Infractions de conséquence

Conduite sous-jacente et préjudice

Une infraction peut combiner la faute subjective de la conduite sous-jacente avec une exigence objective relative à une conséquence. L' exige l'acte assorti d'une faute constitutionnellement suffisante, la causalité du décès et la prévisibilité objective de lésions corporelles ni anodines ni passagères. La mort doit réellement survenir, mais la poursuite n'a pas à en établir même la prévisibilité objective. Les lésions prévisibles et le décès réellement causé remplissent des fonctions différentes (Creighton; ).

Le traitement de la dangerosité demande une précision. La majorité dans Javanmardi, aux par. 26–30, a conclu qu'une exigence indépendante de dangerosité objective n'ajoute rien à l'exigence de faute fondée sur la prévisibilité objective de lésions corporelles qui ne sont ni sans importance ni de nature passagère. Elle ne doit donc pas être ajoutée mécaniquement comme condition distincte de l'actus reus. Le JurisClasseur, nos 26 et 46, critique la clarté et la portée possible de ce changement; ces préoccupations sont l'analyse des auteurs, non une décision invalidant la règle majoritaire.

Lorsqu'une infraction réglementaire de responsabilité stricte constitue l'acte illégal, Javanmardi exige la preuve de l'écart marqué nécessaire au criminel. Prouver la contravention et obliger l'accusé à établir sa diligence ne satisferait pas au fardeau de la poursuite en homicide involontaire coupable. Pour des voies de fait intentionnelles sous-jacentes, il faut conserver leur faute propre et la prévisibilité objective de lésions, sans inventer une exigence supplémentaire et indépendante de négligence pour cette voie. Il faut préciser l'infraction sous-jacente avant d'employer l'une ou l'autre formulation (nos 14, 26 et 46–47).

Les voies de fait causant des lésions corporelles exigent de même les voies de fait sous-jacentes et la prévisibilité objective applicable des lésions. Une intention d'appliquer la force et un soupçon de préjudice ne dispensent pas de prouver tous les éléments. Il faut identifier la disposition précise et le résultat plutôt que traiter toutes les infractions de conséquence de façon identique.

Comparaison appliquée : lésions prévues et mort causée

Scénario factuel

Dans cette hypothèse, un accusé frappe délibérément et violemment le plaignant au visage, sachant qu'il n'y consent pas. Aucune justification ou excuse ne ressort de la preuve. Le plaignant tombe et meurt d'une blessure à la tête; la preuve médicale établit que le coup et la chute ont contribué de façon appréciable au décès. L'accusé savait que le coup pouvait causer une ecchymose substantielle, mais ne prévoyait pas la mort. Comparez homicide involontaire coupable par acte illégal et meurtre.

Variante

Dans une version distincte, l'acte causant la mort est l'exercice d'une activité réglementée en contravention à une disposition de sécurité de responsabilité stricte. Le décès et la causalité sont établis, mais la poursuite invoque uniquement la contravention sans montrer comment la conduite s'écartait de la diligence raisonnable propre à cette activité. La catégorie de l'infraction sous-jacente permet-elle de terminer l'analyse de l'homicide?

Limites constitutionnelles

La faute objective peut satisfaire à l'article 7 pour les infractions auxquelles la norme applicable s'attache. Certaines infractions, notamment le meurtre et sa tentative, exigent la faute subjective selon les autorités constitutionnelles pertinentes. Il ne s'agit pas d'une règle universelle rendant subjective toute infraction assortie d'une peine sévère ou minimale.

La responsabilité absolue accompagnée d'emprisonnement soulève le problème constitutionnel distinct du Renvoi sur la Motor Vehicle Act. La catégorie de faute, la compétence législative et la conséquence d'une contestation constitutionnelle accueillie demeurent des questions différentes.

Liste de vérification pratique

  • Identifier l'infraction exacte et le degré de faute requis.
  • Séparer l'actus reus, la mens rea et toute conséquence causale nécessaire.
  • Apprécier la diligence raisonnable selon l'activité et les circonstances.
  • Considérer la preuve pertinente de capacité sans abaisser la norme aux habitudes personnelles.
  • Exiger de la poursuite la preuve de l'écart marqué lorsque l'infraction le demande.
  • Éviter d'inférer la négligence criminelle du seul préjudice, d'une violation réglementaire ou du recul.

Vérifiez vos acquis

Deux courts exercices avant de poursuivre : raisonnez à partir des exemples d’application de la leçon, puis rappelez-vous ses notions clés de mémoire.

Appliquer les règles

Chaque exemple présente d’abord les faits et garde son analyse fermée. Déterminez l’issue, puis ouvrez l’analyse pour comparer.

  1. 1Exemple d'application
  2. 2Comparaison appliquée : lésions prévues et mort causéeComprend une variante

Rappel actif

1 / 8

Formulez votre réponse avant de consulter la définition. L’autoévaluation prépare votre prochaine révision; elle ne mesure pas la maîtrise du sujet.

Négligence pénale

Penal negligence

Comment définiriez-vous cette notion? Quelles conditions ou limites faut-il retenir?

Glossaire

Actus reusActus reus
Élément matériel de l'infraction. Pour la conduite dangereuse, il s'agit de cette conduite appréciée selon toutes les circonstances, séparément de la faute.
Diligence raisonnableDue diligence
Diligence que l'accusé peut établir selon la prépondérance des probabilités dans une poursuite de responsabilité stricte. Elle se distingue du fardeau de la poursuite de prouver l'écart marqué criminel.
Faute objectiveObjective fault
Appréciation de la conduite selon la diligence attendue d'une personne raisonnable dans les circonstances, avec le degré d'écart requis par l'infraction.
Homicide involontaire coupable par acte illégalUnlawful-act manslaughter
Homicide par acte illégal comportant une faute constitutionnellement suffisante, la causalité du décès et la prévisibilité objective de lésions corporelles ni anodines ni passagères. Javanmardi apporte une qualification à l'ancienne exigence distincte de dangerosité objective.
Mens reaMens rea
Élément de faute requis par l'infraction. La conduite dangereuse exige un écart marqué par rapport à la personne raisonnable.
Négligence criminelleCriminal negligence
Écart marqué et important manifestant une insouciance déréglée ou téméraire envers la vie ou la sécurité.
Négligence pénalePenal negligence
Écart marqué par rapport à la diligence d'une personne raisonnable dans les circonstances.
Responsabilité stricteStrict liability
Catégorie de faute exigeant la preuve de l'actus reus hors de tout doute raisonnable tout en permettant à l'accusé d'établir la diligence raisonnable ou l'erreur de fait raisonnable applicable par prépondérance.

Références et lectures complémentaires

  • Commentaire principal : JurisClasseur Québec — Droit pénal général, , notamment les discussions de Creighton et Javanmardi, nos 15–17 (Beatty et Roy) et nos 35–36 (violations réglementaires et conduite dangereuse), PDF fusionné, p. 202–252.
  • Comparaison des conséquences : et 46–48, PDF fusionné, p. 213, 222 et 245–247, notamment le traitement majoritaire de la dangerosité objective et la critique distincte du commentaire. La comparaison d'équipement suit le no 35 (Scrocca).
  • Code criminel, art. 86, 215, 219–221, 222(5), 267 et 320.13; R. c. Creighton, [1993] 3 R.C.S. 3; R. c. Beatty, 2008 CSC 5; Roy et Javanmardi, précités.
Droit pénal canadienLeçon 5 sur 24