Le contrôle administratif en droit québécois et canadien
- Leçon 6 sur 20
- Essentiel
- 20 min
- Vérifié le
Par James R. GosnellMatériel pédagogique, et non un avis juridique.
Points clés
Le contrôle administratif comprend la révision interne, les recours devant les tribunaux spécialisés et la surveillance des organismes décentralisés. La loi applicable détermine les motifs, la portée, les délais et le traitement de la preuve nouvelle propres à chaque mécanisme, et distingue la tutelle municipale de l'administration provisoire.
Aperçu
Le contrôle administratif constitue l'ensemble des mécanismes internes de vérification, d'équité et de révision logés au sein même du pouvoir exécutif. Alors que le contrôle judiciaire exercé par les cours supérieures sanctionne la légalité administrative depuis l'extérieur, le contrôle administratif opère de l'intérieur. Il permet à l'administration publique de corriger, réexaminer et surveiller ses propres actes décisionnels sans recourir immédiatement aux tribunaux judiciaires.
En droit administratif québécois et canadien, le contrôle administratif s'articule autour de trois volets complémentaires : la interne, les recours devant les tribunaux administratifs spécialisés et la sur les entités décentralisées. La révision interne procure aux administrés un moyen accessible et peu coûteux d'obtenir le réexamen d'une décision initiale. Les tribunaux spécialisés, tels que le Tribunal administratif du Québec (TAQ) et le Tribunal administratif du travail (TAT), assurent un arbitrage indépendant sur le fond. Simultanément, la tutelle administrative permet à l'État de suppléer aux défaillances des administrations locales et des établissements publics.
La doctrine de common law du limite le pouvoir de revenir sur une décision finale. Les exceptions légales doivent être identifiées précisément. Selon l'article 154 de la Loi sur la justice administrative (RLRQ, c. J-3), le TAQ intervient sur demande pour trois motifs : la découverte d'un fait nouveau qui aurait pu justifier une décision différente; l'impossibilité pour une partie, pour des raisons suffisantes, de se faire entendre; ou un ou de procédure de nature à invalider la décision. Une allégation de fraude doit satisfaire à un motif applicable; elle ne constitue pas un quatrième motif. Les autres organismes suivent leur propre loi habilitante.
Objectifs d'apprentissage
- Analyser les fondements de la révision administrative interne, en évaluant la portée et les exceptions législatives à la doctrine de common law du functus officio.
- Appliquer les critères d'ouverture de l' pour cause sous la Loi sur la justice administrative, particulièrement les , l'omission d'entendre et les vices de fond.
- Examiner la compétence des tribunaux administratifs spécialisés exerçant un examen de novo et les régimes de tutelle administrative et d'.
L'architecture de la révision administrative interne
Notion, nature et fonctions de la révision administrative
La révision administrative regroupe l'ensemble des procédures non judiciaires par lesquelles une décision administrative initiale fait l'objet d'un nouvel examen sur le fond. Contrairement au pourvoi en contrôle judiciaire devant la Cour supérieure, qui s'en tient à sanctionner l'irrégularité juridique ou le caractère déraisonnable de l'acte, la révision administrative réévalue l'opportunité, l'exactitude factuelle et la conformité légale de la mesure. L'instance de révision ne se demande pas seulement si la décision initiale était plausible; elle détermine quelle est la décision la plus appropriée à la lumière du dossier.
Ce mécanisme interne remplit des fonctions névralgiques dans l'État moderne. D'abord, il offre une justice de proximité rapide, informelle et économique aux justiciables confrontés à des refus dans des domaines de masse comme la sécurité du revenu, l'indemnisation des accidents de la route, la santé au travail ou le régime des rentes. Ensuite, il assure une fonction d'harmonisation et de contrôle de la qualité pour les ministères, permettant de corriger les divergences d'application des politiques administratives. Enfin, il désengorge les cours supérieures en réglant la majorité des contestations dès l'étape administrative.
La révision peut être une reconsidération par l'auteur, un ou l'examen par une unité spécialisée. Une loi peut en faire une condition préalable à une contestation devant un tribunal administratif. Pour le contrôle judiciaire, l'existence d'un autre recours adéquat relève plutôt de l'appréciation judiciaire de la recevabilité et du remède; elle ne constitue pas une interdiction absolue.
La doctrine de common law du functus officio et ses exceptions
La règle du functus officio protège la stabilité des décisions finales : un tribunal ne peut simplement changer d'avis ou rouvrir le dossier parce qu'il estime avoir commis une erreur. Il faut d'abord examiner sa loi habilitante. Dans Chandler c. Alberta Association of Architects, [1989] 2 R.C.S. 848, p. 861–863, la Cour suprême applique cette règle avec une souplesse adaptée au régime administratif et à la finalité du mandat.
Les erreurs d'écriture ou d'expression de l'intention manifeste peuvent être corrigées. Un tribunal qui n'a pas épuisé sa mission peut parfois la compléter; une procédure invalide peut aussi permettre une reprise dans les conditions reconnues par le droit applicable. Mais une erreur de compétence, une allégation de fraude ou une preuve nouvelle ne crée pas, à elle seule, un pouvoir général inhérent de révision. Il faut identifier le texte ou l'exception précise autorisant la réouverture, puis distinguer celle-ci d'un appel ou du contrôle judiciaire.
Les mécanismes internes de révision au sein des organismes publics
Les lois sectorielles organisent leurs propres voies de révision, avec des objets, délais et exceptions différents :
- SAAQ, indemnisation corporelle : demande de révision dans les 60 jours de la notification, sous réserve des exceptions et du relevé prévus par la Loi sur l'assurance automobile, art. 83.45–83.46. Ce délai ne peut être étendu à toutes les décisions relatives au permis de conduire.
- CNESST, lésions professionnelles : l'article 358 LATMP prévoit en principe une révision dans les 30 jours de la notification, mais certaines décisions peuvent être contestées directement au TAT. Il faut également vérifier le recours ouvert en l'absence de décision en révision dans le délai légal. La page officielle du TAT distingue ces voies et leurs délais.
- Retraite Québec : les décisions relatives au Régime de rentes relèvent des articles 186 et suivants de la Loi sur le régime de rentes du Québec. L'Allocation famille et les régimes de retraite du secteur public relèvent de textes distincts; le nom de l'organisme ne suffit pas à choisir la procédure.
La révision peut permettre de compléter la preuve et de revoir le fond. Son étendue dépend de l'habilitation du réviseur; elle ne garantit pas dans tous les régimes la substitution intégrale de décision.
La révision pour cause et l'auto-révision administrative
Les motifs légaux sous la Loi sur la justice administrative
L'article 154 LJA permet au TAQ, sur demande, de réviser ou révoquer une décision pour trois motifs :
- La découverte d'un fait nouveau qui aurait pu justifier une décision différente s'il avait été connu en temps utile.
- L'impossibilité pour une partie de se faire entendre pour des raisons jugées suffisantes.
- Un vice de fond ou de procédure de nature à invalider la décision.
Le n'est pas un quatrième motif autonome. Dans le troisième cas, les membres ayant rendu la décision ne peuvent la réviser ou la révoquer. Ce pouvoir n'est pas une révision d'office ni un appel général. L'article 154 gouverne le TAQ; un autre tribunal doit disposer de sa propre habilitation, comme l'article 49 de la Loi instituant le TAT.
La découverte de faits nouveaux comme motif d'auto-révision
Le texte de l'article 154 al. 1(1°) vise un fait nouveau susceptible de justifier une décision différente. La jurisprudence exige notamment une découverte postérieure, l'impossibilité de produire ce fait au moment utile malgré la diligence raisonnable et son caractère déterminant. Ces précisions sont l'interprétation du texte, non des mots supplémentaires à insérer dans une citation de la loi.
Il faut distinguer la date du document et la nouveauté de son contenu. Une expertise rédigée après l'audience peut simplement réinterpréter une preuve déjà disponible; elle ne devient pas un fait nouveau par sa seule date. Inversement, un document récent peut révéler un fait pertinent antérieur qui était inaccessible. La révision n'est pas destinée à bonifier une preuve qu'on aurait pu présenter initialement. Les précisions du , de la source JurisClasseur fournie conservent ici leur utilité.
L'omission d'entendre et les vices de procédure
Le deuxième motif vise l'impossibilité de se faire entendre pour des raisons jugées suffisantes. Il ne faut pas remplacer cette appréciation par une exigence universelle d'impossibilité absolue ou de force majeure. Une urgence médicale, une convocation défectueuse ou l'impossibilité de commenter un élément déterminant peuvent être pertinents, selon la preuve et les circonstances.
Le troisième motif couvre aussi les vices de procédure, à condition qu'ils soient de nature à invalider la décision. Une irrégularité bénigne ne suffit pas. Selon le grief, une atteinte au droit d'être entendu peut relever du deuxième ou du troisième motif; il faut expliquer l'ouverture invoquée et respecter la règle de composition applicable au troisième.
Les vices de fond et les erreurs manifestes de compétence
Le vice de fond de l'article 154 al. 1(3°) est une erreur grave et déterminante affectant la validité même de la décision. Le seuil dépasse le simple désaccord sur le droit ou sur l'appréciation de la preuve. Il n'exclut toutefois pas toute erreur juridique ou factuelle : une erreur suffisamment fondamentale peut invalider la décision.
Un dépassement manifeste des pouvoirs ou l'omission d'une condition légale déterminante peuvent soulever ce motif, selon le dossier. Une erreur matérielle se corrige plutôt sous l'article 153 lorsqu'elle n'exige pas de refaire l'analyse du fond. Il faut éviter de confondre rectification, révision exceptionnelle et appel. La source fournie distingue ces voies au , et au .
La frontière entre révision administrative et appel judiciaire
La démarcation entre l'auto-révision et l'appel judiciaire est fondamentale. Tandis que l'appel défère le dossier à une cour supérieure ou à un tribunal externe pour réévaluer le bien-fondé du jugement, l'auto-révision constitue une mesure corrective exceptionnelle exercée par le tribunal lui-même.
La maxime consacrée rappelle avec force que la révision n'est pas un appel. Une partie qui a succombé ne peut demander l'auto-révision sous prétexte qu'elle juge la décision erronée, sévère ou mal fondée sur la preuve. L'instance de révision ne peut réentendre la cause ni substituer sa propre appréciation de la crédibilité à celle des premiers arbitres.
L'article 155 LJA exige une demande motivée déposée au secrétariat dans un délai raisonnable suivant la décision ou la découverte du fait nouveau. Il prévoit la transmission aux autres parties et leur possibilité de répondre dans les 30 jours de la réception; ces 30 jours ne sont pas le délai de dépôt de la demande initiale. Le Tribunal procède sur dossier, mais peut entendre les parties s'il le juge approprié ou si une partie le demande. Il n'impose pas de confier la révision aux mêmes membres; l'article 154 al. 2 interdit précisément leur participation au troisième motif.
Exemple pratique : découverte de preuve médicale et seuil de révision
Scénario factuel
Un travailleur de la construction subit une blessure lombaire lors d'une chute sur un chantier. La CNESST admet une entorse lombaire temporaire, mais refuse toute indemnisation pour incapacité permanente en concluant à une discopathie dégénérative préexistante sans lien avec l'accident de travail.
Le travailleur conteste cette décision devant le Tribunal administratif du travail (TAT). À l'audience, le travailleur dépose le témoignage de son médecin de famille, mais aucune imagerie médicale spécialisée n'est produite. Le TAT rejette la réclamation en retenant l'absence d'imagerie confirmant une hernie discale traumatique.
Huit mois plus tard, le travailleur consulte un neurochirurgien qui ordonne une résonance magnétique (IRM). L'IRM révèle une rupture annulaire traumatique et une compression radiculaire sévère, invisibles sur les radiographies simples antérieures. Le neurochirurgien conclut formellement au lien de causalité direct avec la chute. Le travailleur dépose aussitôt une demande d'auto-révision devant le TAT en invoquant la découverte de faits nouveaux.
L'analyse des critères suivants détermine si la demande peut être accueillie :
- Nouveauté : Le rapport récent doit révéler un fait pertinent qui n'était pas disponible lors de l'audience, plutôt qu'une simple nouvelle opinion sur la preuve ancienne. La date de l'IRM ne suffit pas.
- Diligence : Toute liste d’attente médicale invoquée serait pertinente mais non décisive à elle seule. Le TAT examinera les démarches antérieures, les possibilités réelles d'obtenir l'examen ou une remise et les raisons de l'absence de cette preuve à l'audience.
- Caractère décisif : Le rapport spécialisé fournit la preuve radiologique objective dont l'absence avait motivé le rejet initial. Cette preuve apporte un éclairage scientifique décisif de nature à modifier l'issue du litige.
Le TAT pourrait accueillir la demande si ces conditions sont prouvées; il ne doit pas présumer l'admissibilité de l'IRM comme fait nouveau ni la causalité médicale. La demande doit aussi respecter le délai raisonnable de l'article 50 de sa loi constitutive, apprécié à partir du fait nouveau invoqué. Une nouvelle audition au fond ne préjuge pas l'indemnisation finale.
Les recours devant les tribunaux administratifs spécialisés
Compétence et nature des recours devant le TAQ et le TAT
Lorsque le contentieux ne peut être résolu par la révision administrative interne, le citoyen peut exercer un recours devant un tribunal administratif spécialisé. Ces organismes forment une juridiction indépendante conçue pour offrir un arbitrage accessible et expert en dehors du système judiciaire traditionnel.
Au Québec, deux grands tribunaux spécialisés dominent le contentieux :
- Le Tribunal administratif du Québec (TAQ) : Créé par la Loi sur la justice administrative, le TAQ forme le tribunal administratif de droit commun au Québec. Il comprend quatre sections spécialisées : la Section des affaires sociales (sécurité du revenu, protection des personnes en matière psychiatrique); la Section des affaires immobilières (expropriation et évaluation foncière municipale); la Section du territoire et de l'environnement (zonage agricole et environnement); et la Section des affaires économiques (permis d'alcool, de transport et permis et autorisations expressément énumérés à l’annexe IV LJA).
- Le Tribunal administratif du travail (TAT) : Institué par la Loi instituant le Tribunal administratif du travail, le TAT possède une compétence exclusive sur les relations du travail, les accidents du travail, les maladies professionnelles, les normes du travail et la qualification professionnelle dans la construction.
La Cour supérieure possède une compétence générale protégée constitutionnellement. Le TAQ et le TAT sont des tribunaux d'attribution : il faut identifier la disposition leur conférant compétence, avec les pouvoirs accessoires nécessairement implicites permettant d'exercer ce mandat.
L'étendue du contrôle : examen de novo et déférence décisionnelle
La portée d'une contestation est déterminée par sa loi habilitante. Dans plusieurs matières, notamment sociales, le TAQ reçoit une preuve nouvelle et réexamine le fond : c'est l'. Les parties peuvent alors présenter des témoignages, documents et expertises, et le Tribunal apprécie les faits dans les limites de son mandat.
Il serait erroné d'en faire une règle uniforme du TAQ ou du TAT. En protection du territoire agricole, les articles 21.1 et 21.4 LPTAA prévoient une décision sur le dossier transmis et limitent la réévaluation de l'appréciation de la CPTAQ aux erreurs de droit ou de fait déterminantes. L'article 21.1 a été modifié en 2025 : les descriptions historiques de la preuve nouvelle doivent être lues à la lumière de sa version applicable. Le , insiste lui-même sur cette variabilité; St-Pie ne doit pas être présenté comme imposant partout une réaudition sans restriction.
Pouvoirs décisionnels et substitution de décision
L'article 15 LJA confère au TAQ des pouvoirs de décision et de substitution dans les limites de sa compétence et des lois particulières. Il ne transfère pas indistinctement tous les pouvoirs de l'administration initiale à tout .
Au terme de l'audience, le tribunal spécialisé peut :
- Confirmer la décision contestée.
- Modifier la décision en tout ou en partie.
- Infirmer la décision et rendre la décision qui, à son avis, aurait dû être prise initialement.
- Renvoyer le dossier à l'organisme public avec des directives précises sur le calcul des indemnités ou l'application des critères légaux.
La , lorsqu'elle est autorisée, permet de trancher le fond. En contrôle judiciaire, le renvoi est habituellement approprié, mais une issue imposée ou une substitution peut exceptionnellement se justifier, notamment lorsqu'un seul résultat légal est possible (Vavilov, par. 139–142). La distinction fonctionnelle n'interdit donc pas absolument ces redressements judiciaires.
La tutelle administrative et la surveillance étatique
Fondements constitutionnels et institutionnels de la tutelle administrative
Au-delà de la révision individuelle, le contrôle administratif comprend la tutelle administrative. La tutelle est le contrôle externe exercé par le gouvernement central ou par des commissions d'État sur les personnes morales de droit public décentralisées, telles que les municipalités, les centres de services scolaires et les établissements de santé.
Ce mécanisme se justifie par la responsabilité démocratique et l'ordre public financier. Les collectivités décentralisées administrent d'importants fonds publics et exercent des pouvoirs publics délégués. Bien que le législateur leur accorde une autonomie de gestion pour répondre aux réalités locales, le gouvernement demeure politiquement responsable devant l'Assemblée nationale de la régularité, de la solvabilité et de la pérennité des services publics.
La tutelle administrative est strictement encadrée par la loi. L'exécutif ne peut s'immiscer arbitrairement dans la gestion locale. Tout pouvoir d'enquête, d'approbation ou de mise sous tutelle doit reposer sur des dispositions législatives précises définissant les motifs et les modalités d'intervention. Comme le résume la doctrine classique : « pas de tutelle sans texte, pas de tutelle au-delà des textes ».
Pouvoirs d'approbation ministérielle et enquêtes administratives
Les contrôles préventifs peuvent prendre la forme d'approbations, par exemple pour certains règlements d'emprunt municipaux. Leur nécessité, l'autorité compétente et leurs exceptions dépendent du texte applicable; toute vente d'actif ou modification urbanistique n'exige pas une approbation ministérielle.
Les lois d'enquête peuvent autoriser l'obtention de documents et la convocation de témoins. Il faut lire le mandat et les pouvoirs précis, sans présumer un pouvoir de saisie policière. Le secret professionnel et l'équité restent pertinents; un rapport d'enquête n'est pas une déclaration de culpabilité pénale.
Administration provisoire et substitution complète de pouvoirs
La Loi sur la Commission municipale distingue la tutelle et l'administration provisoire. Sous tutelle, le conseil continue généralement d'administrer la municipalité, mais ses décisions sont soumises à l'approbation de la Commission (art. 38 à 84, notamment 46 et 48). L'insolvabilité et certaines difficultés graves peuvent déclencher les mécanismes propres à ce régime.
L'administration provisoire de l'article 100 vise notamment le cas où le conseil ne peut plus siéger faute de quorum. La Commission administre alors temporairement la municipalité et adopte les résolutions nécessaires. Ce n'est pas une sanction générale que la Commission prononce pour toute irrégularité budgétaire ou allégation de corruption. Les régimes d'intervention en santé et en éducation doivent également être vérifiés dans leur propre loi; ils ne découlent pas de la loi municipale.
Exemple pratique : perte du quorum municipal et administration provisoire par la CMQ
Scénario factuel
Dans une municipalité de 8 000 habitants, plusieurs démissions laissent le conseil sans quorum. Le paiement de fournisseurs et la préparation du budget deviennent urgents. Ces faits illustrent l'administration provisoire, qu'il faut distinguer du cas d'un conseil encore doté du quorum mais paralysé par des désaccords.
- Le greffier ou greffier-trésorier avise le ministre de la perte du quorum suivant l'article 345 de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités.
- La CMQ administre la municipalité sous l'article 100 de sa loi; les membres délégués adoptent les résolutions nécessaires au maintien des services.
- L'administration provisoire se termine lorsque la composition du conseil permet de nouveau le quorum, notamment après une élection.
Un simple boycott, un défaut budgétaire et une insolvabilité ne sont pas interchangeables : il faut établir le fait déclencheur et appliquer le régime correspondant. La CMQ explique officiellement cette distinction.
Liste de vérification pratique
Gestion de la révision administrative interne
- Identifier les révisions internes préalables exigées par la loi, et distinguer ces conditions des exceptions judiciaires au principe d'épuisement des recours adéquats.
- Contrôler rigoureusement les délais de saisine prescrits par la loi (souvent 30 ou 60 jours suivant la notification de la décision).
- Rédiger une argumentation détaillée sur le fond et déposer l'ensemble des preuves documentaires dès cette étape préliminaire.
- S'assurer que le réviseur administratif est légalement habilité et exerce une analyse indépendante sans immixtion politique.
Exercice de l'auto-révision pour cause (art. 154 LJA)
- Confirmer si le tribunal administratif dispose d'un pouvoir statutaire exprès d'auto-révision ou si seules les exceptions de common law s'appliquent (functus officio).
- Pour les faits nouveaux, distinguer la découverte postérieure de la simple création d'un document récent, établir la diligence et le caractère déterminant du fait.
- Pour l'impossibilité de se faire entendre, documenter les raisons jugées suffisantes; ne pas imposer un critère universel de force majeure.
- Pour le vice de fond ou de procédure, démontrer une erreur de nature à invalider la décision; exclure les membres initiaux de cette révision et respecter le délai raisonnable de l'article 155.
- Éviter de formuler la demande de révision comme un appel déguisé de l'appréciation des faits ou de la crédibilité.
Recours devant les tribunaux administratifs spécialisés (TAQ / TAT)
- Identifier la disposition statutaire habilitante conférant compétence matérielle au tribunal administratif pour réviser la décision attaquée.
- Déposer le recours dans les délais prescrits (30 ou 60 jours selon le domaine) auprès du greffe du tribunal compétent.
- Vérifier si la loi permet une preuve nouvelle et un examen de novo, ou limite le recours au dossier et aux erreurs déterminantes.
- Structurer les conclusions en sollicitant la pleine substitution de décision autorisée par l'article 15 LJA, afin d'obtenir un règlement définitif du litige.
Accompagnement en matière de tutelle et d'administration provisoire
- Vérifier si les conditions d'ouverture de l'administration provisoire sont réunies sous la Loi sur la Commission municipale ou les lois sectorielles.
- Contrôler la régularité des ordonnances de suspension des compétences des élus et de nomination des administrateurs d'État.
- Collaborer avec les enquêteurs ministériels tout en préservant le secret professionnel de l'avocat et les règles d'équité procédurale.
- Si l'on conseille l'administrateur provisoire, veiller à ce que toutes les résolutions et tous les contrats publics s'inscrivent rigoureusement dans le mandat légal conféré par la CMQ.
Vérifiez vos acquis
Deux courts exercices avant de poursuivre : raisonnez à partir des exemples d’application de la leçon, puis rappelez-vous ses notions clés de mémoire.
Appliquer les règles
Chaque exemple présente d’abord les faits et garde son analyse fermée. Déterminez l’issue, puis ouvrez l’analyse pour comparer.
Rappel actif
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Révision administrative
administrative review
Comment définiriez-vous cette notion? Quelles conditions ou limites faut-il retenir?
Glossaire
- Administration provisoireprovisional administration
- Administration temporaire remplaçant l'organe normalement compétent dans les cas légaux; en matière municipale, l'article 100 vise notamment le défaut de quorum, distinct de la tutelle.
- Auto-révisionself-revision
- Réexamen par l'organisme de sa propre décision selon une habilitation précise; au TAQ, l'article 154 exige une demande et l'un de ses trois motifs.
- Examen de novode novo review
- Le réexamen complet d'une affaire administrative où le tribunal reçoit une preuve nouvelle et substitue sa propre appréciation à celle du décideur initial sans lui accorder de déférence.
- Faits nouveauxnew facts
- Des éléments factuels décisifs découverts postérieurement au jugement, qui n'auraient pu être découverts plus tôt avec une diligence raisonnable.
- Functus officiofunctus officio
- Principe de stabilité des décisions finales, appliqué avec souplesse aux tribunaux administratifs selon leur mandat et les exceptions légales ou de common law.
- Recours hiérarchiquehierarchical review
- La procédure administrative par laquelle une personne lésée demande à l'autorité hiérarchiquement supérieure d'annuler, réformer ou confirmer la décision d'un subordonné.
- Révision administrativeadministrative review
- Le mécanisme interne par lequel une décision initiale est réexaminée sur le fond par l'auteur de l'acte, un supérieur hiérarchique ou un bureau de révision spécialisé.
- Substitution de décisionsubstitution of decision
- Le pouvoir attribué à une instance administrative de révision ou à un tribunal spécialisé de remplacer la décision contestée par celle qui aurait dû être prise initialement.
- Tribunal spécialiséspecialized tribunal
- Un organisme administratif juridictionnel indépendant institué par une loi pour trancher les litiges dans un champ particulier tel que les affaires sociales, le travail ou la fiscalité.
- Tutelle administrativeadministrative trusteeship
- Le pouvoir de surveillance et de contrôle exercé par le gouvernement central ou une commission d'État sur les personnes morales décentralisées pour veiller à leur légalité et solvabilité.
- Vice de fondsubstantive defect
- Erreur grave et déterminante de nature à invalider la décision, distincte d'un simple désaccord ou de l'erreur matérielle relevant de la rectification.
- Vice de procédureprocedural defect
- Irrégularité procédurale qui, pour ouvrir la révision sous l'article 154 al. 1(3°), doit être de nature à invalider la décision.
Références et lectures complémentaires
- Loi sur la justice administrative, RLRQ, c. J-3 : art. 14–15, 153–155.
- Loi instituant le Tribunal administratif du travail, RLRQ, c. T-15.1 : art. 1, 5-8, 11, 49, 50.
- Loi sur l'assurance automobile, RLRQ, c. A-25 : art. 83.44 et s.
- Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, RLRQ, c. A-3.001 : art. 358 et s.
- Loi sur le régime de rentes du Québec, RLRQ, c. R-9 : art. 186 et s.
- Loi sur la Commission municipale, RLRQ, c. C-35 : art. 38–84, 100.
- Doctrine choisie :
- Issalys, Pierre et Denis Lemieux, L'action gouvernementale : précis de droit des institutions administratives, 4e éd., Montréal, Éditions Yvon Blais, 2020.
- Perreault, Janick, Assurance automobile au Québec : L'indemnisation du préjudice corporel des victimes d'accident d'automobile, 4e éd., Montréal, LexisNexis Canada, 2016.
- Ruel, Simon, Alyson Mace-Reardon et Francesca Boucher, « Structure et organisation de l'État moderne », dans JurisClasseur Québec, coll. « Droit public », Droit administratif, , Montréal, LexisNexis Canada.
- JurisClasseur Québec, coll. « Droit public », Droit administratif, Contrôle administratif, , Montréal, LexisNexis Canada.