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    Stratégie d'IA du Canada : tout est dans la résidence des données

    La stratégie fédérale de Carney mise gros sur la puissance de calcul, l'adoption et la souveraineté, et peu sur des règles contraignantes. Pour un petit cabinet, le mot d'ordre est résidence.

    ParJames R. GosnellContenu educatif. Aucun avis juridique.

    Stratégie d'IA du Canada : tout est dans la résidence des données

    La stratégie mise d'abord sur la souveraineté

    Le premier ministre Mark Carney a dévoilé la stratégie fédérale d'intelligence artificielle du Canada à Toronto le 4 juin 2026. Le document s'organise autour d'une seule idée centrale, et cette idée est la souveraineté plutôt que la sécurité ou l'innovation. La stratégie affirme sans détour que le Canada est « surexposé à des puissances économiques et politiques étrangères », et la politique qui suit cherche à en reprendre une part.

    Evan Solomon, le ministre de l'Intelligence artificielle et de l'Innovation numérique, a qualifié la souveraineté numérique de « question politique et démocratique la plus pressante de notre époque ». Ce cadrage indique ce que le gouvernement a cherché à optimiser. L'argent va à la puissance de calcul et à l'adoption. Le discours va à garder les données, les modèles et le pouvoir de réglementer canadiens à l'intérieur de la frontière. Pour quiconque achète un logiciel cette année, c'est cette deuxième partie qui devrait changer une décision d'approvisionnement.

    Où vont les deux milliards

    Le chiffre vedette est un financement total de plus de 2 milliards de dollars, dont un Fonds d'accès à la puissance de calcul de 700 millions de dollars destiné aux petites et moyennes entreprises. Le Globe and Mail a rapporté un total plus élevé, soit plus de 2,3 milliards de dollars, avec une part importante en formation. Il s'agit d'abord d'une stratégie de dépenses.

    Les cibles sont ambitieuses. Le gouvernement projette jusqu'à 90 000 emplois liés à l'IA et 250 000 nouveaux emplois grâce à l'adoption d'ici 2031, 200 milliards de dollars de croissance économique, et une hausse de l'adoption de l'IA par les entreprises de 12 % à 60 % d'ici 2034. Il promet une formation gratuite à la littératie en IA pour tous les Canadiens et une formation dédiée à 1 million d'étudiants postsecondaires.

    Le volet de l'offre est concret. Le plan comprend un superordinateur public de calibre mondial, des centres de données qui montent à au moins 100 mégawatts, et une Alliance technologique souveraine élargie avec l'Allemagne. Le fil conducteur est une capacité physique en sol canadien, qu'une loi étrangère ne peut pas atteindre facilement.

    Faire les lois ici, stocker les données ici

    Carney a donné lui-même à la stratégie sa phrase la plus claire : « Nous ferons les lois ici et nous développerons aussi notre capacité ici, notre capacité physique de calcul, afin de pouvoir protéger les Canadiens. » Retirez la politique, et il reste une consigne en deux temps adressée au marché. Faire les règles au pays. Garder les données et le calcul au pays.

    Le mécanisme de la deuxième partie est un cadre construire-partenariat-acheter, emprunté à la stratégie industrielle de la défense. Construire ce qui est stratégique, s'associer là où un allié de confiance ajoute de la capacité, acheter sur tablette les fonctions banalisées. Appliqué à l'IA, c'est un test de souveraineté habillé en modèle d'approvisionnement : avant d'adopter un outil, on demande où vivent les données, qui contrôle le contrat, et quel gouvernement peut en exiger l'accès.

    Pour un cabinet solo ou de petite taille, ce test était jadis un luxe d'acheteur averti. La stratégie fédérale vient d'en faire la posture par défaut du pays. Lorsque le premier ministre présente le calcul national comme une protection des Canadiens, la résidence des données cesse d'être une option payante pour devenir la base attendue d'un fournisseur sérieux.

    Le livre de règles qui n'a pas suivi

    La partie honnête de cette histoire, c'est ce qui manque. La stratégie propose une nouvelle loi sur la protection de la vie privée des consommateurs et des lois de sécurité modernisées, mais sans échéancier ni mesures précises. Il n'y a aucun successeur à la LIAD ni de remplacement pour le projet de loi C-27, mort au feuilleton. Le livre de règles contraignant qu'une stratégie de cette ampleur laisse présager n'était pas dans les documents.

    Les critiques l'ont remarqué. La cheffe adjointe conservatrice Melissa Lantsman a déclaré que « la sûreté et la sécurité qui étaient promises ne se trouvent nulle part dans les documents ». La couverture a largement décrit la stratégie comme dépourvue de détails sur la sécurité. Les chiffres d'emplois portent aussi leur propre réserve : Signal49 Research, cité dans la couverture, a projeté que l'IA pourrait causer 550 000 pertes d'emplois d'ici 2030, un contrepoids à garder à côté des 250 000 emplois liés à l'adoption, et à lire comme une projection, pas une prévision sur laquelle quiconque a misé.

    Le constat pratique tiré de ce vide est le contraire de la complaisance. Quand un gouvernement indique une direction sans écrire les règles, l'obligation retombe sur les acheteurs, parce que la norme que le régulateur finira par imposer se laisse déjà lire en clair.

    Intégrer la posture dès le départ

    C'est le pari de conception derrière SupaCorp. La gestion d'entités est l'un des coins les plus denses en renseignements personnels de la pratique d'un petit cabinet : constitutions en société, rapports annuels, livres de procès-verbaux, registres, adresses personnelles d'administrateurs, registres de propriété effective et intégration de la clientèle, soit exactement le genre d'information qu'une stratégie fédérale de souveraineté cherche à garder au pays. Un outil qui traite ce travail ne peut pas reléguer la résidence au second plan, parce que la trajectoire du régulateur est déjà lisible dans la stratégie.

    La posture est donc intégrée plutôt que rapportée. SupaCorp est hébergé au Canada avec résidence des données et pistes de vérification, multilocataire avec sécurité au niveau des lignes de Postgres pour que les dossiers d'un cabinet restent isolés de ceux d'un autre au niveau de la base de données, et facturé à frais fixes par cabinet plutôt qu'à une tarification par siège qui pénalise une pratique en croissance. Il gère les constitutions en société, les rapports annuels, les livres de procès-verbaux et les registres pour les juridictions fédérale, ontarienne, britanno-colombienne, albertaine et québécoise, soit la réalité multijuridictionnelle du petit cabinet canadien.

    La logique construire-partenariat-acheter de la stratégie fédérale s'applique directement à un cabinet acheteur. Intégrez votre posture de conformité dans les outils que vous adoptez, faites affaire avec des fournisseurs capables de montrer où vivent les données et de produire une piste de vérification, et refusez une fonction incapable de répondre à ces questions. SupaCorp est la version de cet argument pour la gestion d'entités : la souveraineté par conception, pour que le premier dossier ne commence pas par un problème de résidence que le cabinet devra régler sous pression plus tard.

    Ce qu'il faut surveiller

    Le signal à suivre est la loi sur la vie privée et la sécurité que la stratégie a promise sans la dater. Lorsqu'un échéancier paraîtra, l'attente d'une résidence des données durcira en obligation écrite, et l'écart entre les fournisseurs souverains par conception et les autres cessera d'être une préférence pour devenir une ligne de conformité. Surveillez aussi si le Fonds d'accès à la puissance de calcul de 700 millions de dollars atteint vraiment les petites entreprises ou s'il s'agglutine au sommet. La stratégie a fait de la souveraineté le réglage par défaut du pays. Les cabinets qui y bâtissent déjà passeront les deux prochaines années à paraître prévoyants au lieu de courir après leur retard.